Paris-Roubaix : Une course de plusieurs noms

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Paris-Roubaix commence comme une fête et se termine comme un mauvais rêve. Guy Lagorce

Pour 364 jours de l'année, les routes de Paris-Roubaix semblent banales, voire ordinaires, à la lumière du jour. Empiriquement parlant, les chemins sinueux des agriculteurs qui composent le parcours de la classique la plus brutale - et célèbre - du cyclisme ne sont rien d'autre que des voies pratiques pour déplacer du foin ou des récoltes.

Cependant, pour un dimanche de l'année, les routes entre Paris et Roubaix témoignent d'une bataille tout comme elles l'ont fait pendant les sombres jours de la Première Guerre mondiale.

Ce dimanche dans l'enfer, cependant, la bataille se gagne avec des muscles, de la détermination et de la fibre de carbone plutôt qu'avec des balles, des tranchées et de l'acier.

Les origines de la course sont entourées de mystère, un seul historien, Pascal Sergent, offrant des indices à ceux qui cherchent des réponses.

Avec autant de changements de parcours qu'il y a de pavés dans l'Arenberg, il n'est pas surprenant que Paris-Roubaix soit une course connue sous de nombreux noms. Une recherche sur deux des noms les plus durables révèle plus sur la course que ce qui apparaît à l'œil.

La Course de Pâques

La Course de Pâques Paris-Roubaix est une course de contradictions.

Mat Hayman, le vainqueur de l'édition palpitante de 2016, a succinctement résumé la dualité de la course ;

“Elle perd beaucoup de son éclat quand ce n'est pas l'arrivée de Paris-Roubaix. C'est un vélodrome plutôt délabré dans un coin un peu délabré de la ville. Mais ce jour-là, il devient magique.”

Commencant dans une banlieue parisienne raffinée et se terminant dans le bloc industriel inspiré par Corbusier de Roubaix, la course a commencé comme un coup de publicité pour attirer l'attention sur le vélodrome de Roubaix construit en 1895 par Maurice Perez et Théodore Vienne.

1936 Paris Roubaix

La distance proposée de 280 kilomètres était considérée par Perez et Vienne comme un échauffement sadique pour d'autres courses établies.

Il reste incertain si l'un ou l'autre des gentlemen étaient eux-mêmes cyclistes, ou s'ils avaient déjà personnellement parcouru une telle distance sur les bicyclettes disponibles à l'époque.

Après des négociations avec un journal parisien pour organiser le départ de la course à Paris, un homme nommé Breyer a été envoyé pour explorer le parcours proposé et faire un rapport.

Les Pavés

Le terrain qui se trouvait entre le départ et l'arrivée était, à l'époque, un pays minier de charbon composé de champs en jachère et de cieux perpétuellement gris accentués par le froid humide du début du printemps lorsque le gel de l'hiver reste intact.

Les pavés étaient un matériau extrêmement normal pour la construction de routes qui étaient traversées par des charrettes pour une raison très simple, pratique et peu héroïque : ils résistent exceptionnellement bien à une utilisation intensive. Les pavés peuvent être battus jour après jour par des charrettes tirées par des chevaux.

La puissance des durs comme Boonen et Merckx trouve son égal dans la procession tonitruante des sabots s'écrasant contre la pierre.

Les surfaces inégales des pavés se prêtent parfaitement à l'écoulement de l'eau et à éviter les accumulations, tandis que leur nature perméable les empêche de se fissurer ou de se déplacer lors de changements de température ou de mouvements de terrain.

Cependant, une chose pour laquelle les routes pavées ne sont pas adaptées, c'est la conduite de bicyclettes.

Après avoir parcouru le parcours proposé pendant une période de temps affreux caractéristique de la région, Breyer a exigé que la course soit annulée et, selon l'historien de Paris-Roubaix Pascal Sargent, a jugé le parcours trop dangereux.

Bien qu'il ne puisse jamais être connu avec certitude, il faut simplement supposer que Perez et Vienne se sont réjouis d'un tel rapport et, en 1896, la course a été fixée au dimanche de Pâques.

L'enfer du Nord

L'enfer du Nord Le cyclisme est un sport de dynamisme, et tout comme le paysage change tandis que les coureurs se précipitent en avant, les parcours changent également.

Peu de gens savent que la course n'a pas toujours commencé à Paris (elle commence maintenant à Compiègne) ni qu'elle a toujours fini dans le vélodrome. En fait, le vélodrome initialement construit par Perez et Vienne n'existe plus ; la course se termine dans un vélodrome construit beaucoup plus tard.

Tout comme les routes pavées ont été construites au fil du temps par de nombreuses mains et visions, réparées ici et là, détruites à certains endroits, étendues à d'autres, le Paris-Roubaix que nous connaissons n'existe pas comme un objet statique mais plutôt comme un patchwork de légendes, de superstitions et de batailles éprouvantes entre les athlètes les plus en forme du monde à travers le nord de la France.

Peut-être que la plus grande influence unique sur la course est venue d'une bataille, non pas entre athlètes mais entre soldats. En 1919, après des années de guerre inhumaine et des millions de vies perdues, le brouillard de la bataille a été levé sur la campagne où Paris-Roubaix avait autrefois eu lieu.

Le territoire entre les deux villes avait été inaccessible pendant la durée de la guerre, soulevant un point d'interrogation sur l'avenir de la course.

Une équipe de recherche envoyée pour enquêter sur le parcours est revenue avec la proclamation que bien que des tronçons de route pavée soient encore présents, presque rien d'autre ne l'était.

Le paysage était si désolé que les journalistes sur place l'ont décrit comme l'enfer du nord, et en coinçant cette phrase, ils ont également capturé l'âme de la course.

La lutte et les batailles pour la survie dans la région connue de Jules César sous le nom de Belgae ont pris de nombreuses formes au fil du temps.

Des tribus qui ont affronté les Romains aux mineurs fouillant pour le charbon sous des routes maintenant parcourues par les gladiateurs du peloton moderne, la tapisserie de Paris-Roubaix est riche en texture et continue d'être tissée à chaque coup de pédale.

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